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Traditions

À Diaobé, le Kankourang marche encore

Chaque hivernage, une silhouette vêtue de la fibre rouge de l'arbre faara sort dans les villages mandingues du Sénégal et de Gambie, au temps des circoncisions. L'UNESCO a inscrit le rite depuis 2008 — en prévenant, dans le même mouvement, qu'il s'effrite. Le 18 septembre, à Diaobé, tout le quartier est sorti à sa rencontre.

Par Amadou MankaPublié le 20 septembre 20265 min de lectureSNSénégal
A figure covered head to toe in red fibres walks along a sand track; a boy in a red jersey watches.

Sur la piste de sable, les gens se rangent d'eux-mêmes sur les côtés. Personne ne donne d'ordre. Au bout du chemin avance une silhouette entièrement couverte de fibres rouges, et les enfants qui couraient une seconde plus tôt s'arrêtent net. C'est le Kankourang. Un masque d'écorce, deux coupe-coupe Le Kankourang n'est pas un déguisement de fête. C'est une fonction. Le masque est fait de l'écorce et de la fibre rouge de l'arbre faara ; le corps est vêtu de feuilles et peint de teintures végétales. Il porte deux coupe-coupe, et il est entouré d'une escorte armée de bâtons et de feuilles de rônier. Il sort pendant l'hivernage, la saison des pluies, quand ont lieu les circoncisions des garçons dans les communautés mandingues du Sénégal et de Gambie. La sortie du 18 septembre à Diaobé était l'une de celles-là. Pendant cette période, ce sont les initiés qui sont sous sa garde. C'est lui qui leur transmet les règles de comportement de la communauté, la connaissance des plantes qui soignent, les techniques de chasse. L'UNESCO le décrit en deux mots qui disent tout : garant de l'ordre et de la justice, et chasseur des esprits mauvais. Ce que ces images ne montrent pas Il faut le dire clairement : ce que vous voyez ici, c'est la partie publique. La sortie dans les rues, la foule qui s'écarte, les enfants qui regardent depuis les racines du grand arbre. L'initiation elle-même ne se filme pas, et ne se raconte pas. Elle appartient à ceux qui la vivent et à ceux qui la transmettent. Afro Daily Village ne cherche pas à entrer là où on ne l'invite pas. Nous montrons la rue ; le reste reste au village. Quatre langues, un seul rite Diaobé n'est pas un village isolé au bout d'une piste. C'est une ville-carrefour du département de Vélingara, en région de Kolda, à une soixantaine de kilomètres de la Guinée-Bissau. Chaque mercredi, son marché hebdomadaire attire des commerçants de Gambie, de Guinée-Conakry, de Guinée-Bissau, du Mali et du Burkina Faso. Et cela s'entend dans les rues. À Diaobé on parle pulaar et mandinka — qu'on appelle ici le socé. S'y ajoutent une forte communauté peule venue du Fouta-Djalon, en Guinée-Conakry, et des familles diolas. C'est précisément ce qui rend la scène remarquable. Le Kankourang est un rite mandingue. Dans une ville de commerce et de passage, où le mandinka n'est qu'une langue parmi quatre, il aurait toutes les raisons de s'effacer. Un patrimoine que l'UNESCO dit fragile Quand l'UNESCO a inscrit le Kankourang sur sa Liste représentative, en 2008 — après l'avoir proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité en 2005 — elle a signalé du même geste ce qui le menace : l'urbanisation rapide, et la transformation des forêts sacrées en terres de culture. Le rite se banalise, et l'autorité du Kankourang s'érode. À Diaobé, le 18 septembre 2026, la piste s'est pourtant vidée d'elle-même au passage de la silhouette rouge. Le détail qui reste Sur l'une des images, un garçon en maillot rouge suit le Kankourang du regard, à distance. Il porte la même couleur que lui, par hasard. Dans quelques années, ce sera peut-être son tour d'être sous la garde du masque. Ou bien le rite se sera effacé, et il racontera à d'autres enfants qu'il a vu, un jour, quelque chose passer sur la piste de sable de son quartier. C'est pour cette raison que nous filmons.

VillagesDiaobé

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Correspondant à Diaobé, Sénégal

Amadou Manka

Amadou Manka filme et photographie le quotidien de Diaobé, la ville de Haute-Casamance dont il est originaire. Son premier reportage pour Afro Daily Village suit le Kankourang dans les rues de son propre quartier.

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